Vinci, l’avaleuse d’argent public

 

Le collectif GCO NON MERCI, sur son site internet – gcononmerci.org – revient sur la privatisation et plan de relance des autoroutes, pour ensuite faire un focus sur l’entreprise Vinci dont l’omniprésence sur de nombreux projets controversés : Notre-Dame-des-Landes, Contournement Ouest de Strasbourg, Bure ou encore la liaison A45 Lyon Saint-Etienne, suscite un intérêt particulier.

Les autoroutes, ce formidable eldorado…

Le Canard enchaîné révèle dans son numéro du 5 juillet 2017 combien l’accord passé en 2015 entre l’État et les sociétés concessionnaires d’autoroutes (Vinci, Eiffage, …), s’est fait au détriment de la puissance publique et donc de la collectivité.

Le Nouvel Obs y consacre un excellent article :
Entre l’Etat et les sociétés d’autoroutes, un accord secret à plusieurs milliards

Mais pourquoi avoir privatisé les autoroutes ? En 2012, Philippe Descamps racontait cette histoire, emblématique du capitalisme de connivence à la française.

Comment l’Etat français a organisé sa propre spoliation

Amorcée par le gouvernement de M. Lionel Jospin, puis généralisée par celui de M. Dominique de Villepin, la privatisation des autoroutes illustre le capitalisme de connivence à la française. L’Etat impose le système coûteux du péage, assume l’essentiel des risques, puis organise la captation de la rente par les grands groupes – la suite ici.

Vinci, une entreprise qui ne recule devant rien.

Quand on sait que Vinci détient 75% du réseau autoroutier à péage en France, que sa filiale Vinci autoroute représente 25% du chiffre d’affaire global du groupe, on imagine bien l’influence qu’elle peut avoir au travers du lobbying : « Vinci et son monde, toute une histoire ! ». D’ailleurs, quand on connait l’histoire de la multinationale – désignée deux fois dans le dossier GCO : en 2012 avant de perdre la concession, puis à nouveau choisie en 2015 comme constructeur-concessionnaire au travers de sa filiale Arcos – ce n’est pas tant le fait qu’une entreprise cherche à gagner de l’argent qui dérange, c’est la manière pour y parvenir qui interroge.

Le soleil ne se couche jamais sur l’empire Vinci

En 2016, Nicolas de La Casinière, dans son article « le soleil ne se couche jamais sur l’empire Vinci » revient sur l’histoire du numéro deux mondiale et surtout sur l’appétit dont fait preuve l’entreprise, la boite qui empochera le bénéfices du GCO pour parler localement.
Ce que révèle l’article, n’est pas très flatteur pour l’entreprise très habile à maintenir des résultats spectaculaires sur le dos de qui ? Sur le dos des contribuables qui paient deux fois : à la construction, puis à l’utilisation (péage, parking, …) … Merci les PPP – partenariat public-privé – qui légalise se transfert de fonds publique vers des entreprises privées, ici Vinci.

Vinci, une avaleuse d’argent public – Exemple : « Vinci, multinationale édifiée aux dépens de l’Etat français. Archétype du prédateur de marchés publics, le géant du bâtiment joue sur deux tableaux pour engranger les profits : le rapide retour sur investissement de son activité de construction et les rentes de gestion à long terme : aéroports, ponts, tunnels, autoroutes, etc »

Autre exemple de rente assurée : « Murs antibruit, télépéage sans arrêt pour réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2), incitation au covoiturage : tout est monnayé contre des années de gains supplémentaires par rapport aux trente-cinq ans prévus par le contrat initial. »

« Que penser alors de son empressement à vouloir construire le contournement Ouest de Strasbourg ? Où est l’arnaque ? À gros renfort d’argent, Vinci, avec la complaisance des collectivités et surtout de la CCI Alsace, tente de nous vendre un GCO utile et bon pour l’environnement. Depuis quand une autoroute est-elle bonne pour l’environnement ? Quant à l’utilité, nous la cherchons encore… » s’interroge les opposants.

Ici, on évoque le Contournement Ouest de Strasbourg (GCO), mais nous pourrions également parler du projet de liaison A45 entre Lyon et Saint-Étienne, de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou encore de la LGV Paris-Bordeaux, tant le groupement Vinci est omniprésent dans les grands (ou petits) travaux. Comme l’écrit le collectif GCO NON MERCI : « ce n’est pas tant le fait qu’une entreprise cherche à gagner de l’argent qui dérange, c’est la manière pour y parvenir qui interroge » – Et d’ajouter : « pour se confronter à la machine Vinci, toute cette phrase prend son sens ! »

source gcononmerci.org

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« ce n’est pas tant le fait qu’une entreprise cherche à gagner de l’argent qui dérange, c’est la manière pour y parvenir qui interroge »

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Vinci, l’avaleuse d’argent public

GCO : projet Vinci contesté à Strasbourg, mais savez-vous de quoi il s’agit ?

Depuis plusieurs mois, les opposants au projet Vinci d’une autoroute à péage sur Strasbourg (GCO) multiplient les opérations, actions et manifestations pour dénoncer le projet et enraciner la lutte. Elle est juridique, politique et sur le terrain. Mais savez-vous ce qu’est le projet GCO ? Même si localement il est un feuilleton qui fait la une de la presse locale, bon nombre de personnes connaissent mal ou pas du tout ce qu’est le projet de Grand Contournement Ouest de Strasbourg, ni les tenants et les aboutissants du sujet. Ici, nous nous permettons un récapitulatif des grandes lignes (non exhaustif) de la problématique.

Qu’est ce que le GCO ?

C’est un projet d’autoroute à péage qui contourne Strasbourg par l’Ouest en partant de Vendenheim au Nord pour arriver à Innenheim au Sud.

Pourquoi ce projet ?

La motivation initiale d’un tel projet autoroutier est double : des bouchons hebdomadaires très intenses sur l’autoroute de Strasbourg (A35), et la pollution de l’air à Strasbourg du fait du passage de l’actuelle autoroute au travers de la ville.
Une fois le GCO en place, un projet complémentaire de conversion de l’autoroute actuelle traversant l’eurométropole Strasbourg en « boulevard urbain » est envisagé avec une urbanisation le long du tracé : maisons, commerces, …

Pourquoi une opposition au GCO ?

Effectivement, il existe un problème de bouchon et de pollution de l’air. Détourner l’autoroute semble une réponse simple et adaptée. Cependant elle ne l’est que si les personnes qui sont aujourd’hui dans les bouchons prennent ce contournement quand il sera fait.
Or, la majeure partie du flux routier concerne des personnes qui vont et viennent à Strasbourg – trafic pendulaire lié en particulier à l’activité économique de l’Eurométropole Strasbourg qui concentre près de la moitié des emplois du département – et non pas qui traversent (transit). Les meilleures estimations de la réduction du trafic indiquent une diminution de 3,8 %, soit passer de 155 000 véhicules/jour à 149 000 véhicules/jour (source CGEDD – CETE 2013). Contrairement au contournement de Reims, qui lui avait une utilité vu que la plus grosse partit du trafic était du transit, le GCO ne changera rien à la situation Strasbourgeoise.
Or, une telle autoroute il faut la financer. Un demi-milliard d’euros d’investissement public et privé. Vinci s’engage à payer les travaux, mais en compensation mettra un péage à 5€ sur le tronçon, réduisant de fait sa fréquentation et donc son utilité. Si le GCO n’est pas assez emprunté, et que Vinci y perdrait des sous, pas d’inquiétudes, les collectivités locales et territoriales – autrement dit nos impôts – compenseraient Vinci pour qu’il ne soit pas perdant dans l’affaire. Autrement dit, si le GCO ne sert à rien, le contribuable le finance.

Alors comment garantir son efficacité ? Il suffit d’imposer aux camions en transit de passer dessus et de garantir qu’il y ait suffisamment de camions. Ce qui mène à un développement du transport routier, à la construction d’un lien direct entre les autoroutes allemandes et françaises, pour faciliter leur passage vers le GCO. Le financement de ce contournement justifiera toutes les politiques de renforcement du transport routier pendant des années, et amènera une avalanche de camions à court moyen et long terme sur l’Alsace (9 000 camions supplémentaires). Nous sommes loin des accords de Paris de la COP21, et de l’amélioration de la qualité de l’air (troisième cause de mortalité en France).

Le GCO est donc une autoroute qui va consommer 300 hectares des terres les plus fertiles d’Europe, coûter chers, et en plus ne réglera ni les problèmes de bouchons ni les problèmes de qualité de l’air.

Quelles alternatives ?

« C’est bien beau de râler, encore faut-il proposer mieux ! »
Avec un budget d’un demi milliard, il y a largement moyen de faire mieux.
Concernant les camions, la version simple c’est une écotaxe, comme nos voisins allemands.
Ensuite les camions en transits vont pour la plupart à Bâle où ils sont mis sur des trains pour traverser la Suisse.
Les lignes ferroviaires existant déjà, il suffirait de mettre une grosse gare ferroviaire marchande à Lauterbourg et une du coté de Sarreguemines, et de faire des allés directs pour traverser l’Alsace et la Suisse. Avec un arrêt possible à la gare marchande de Strasbourg, et l’ensemble des camions en transit ou qui livrent Strasbourg disparaîtraient des routes, et leur pollution des poumons des habitants. Niveau emploi : les trains seraient conduits/gérer/(produits?) par des locaux, ce qui est bien plus intéressant que le GCO qui ne créera que peu d’emplois une fois achevés. Du point de vue des camions seuls, cette solution seule est plus avantageuse que le GCO car elle traite et les camions en transits, et ceux qui desservent Strasbourg.
Ensuite pour la question des autosolistes-pendulaires (les personnes qui font la navette aller-retour seul.e dans leur voiture tous les jours) à nouveau des transports en commun aideraient grandement. La première et la seconde couronne de Strasbourg sont très mal desservies. Le tram a une forme d’étoiles, qui concentre les circulations sur le centre-ville. Des circulaires, du même type que la ligne G favoriserait des transports doux.
Les pistes cyclables qui permettent de s’éloigner du centre-ville ne sont aujourd’hui pas éclairée, ne sont pas bien entretenues, et sont dangereuses en cas de croisement et/ou de dépassement. Il faudrait des stations de vélop, en périphérie, proche de parking.
Au niveau du territoire départemental, la tendance actuelle est vers une suppression des TER et des petites lignes. L’Alsace est l’un des territoires Français les mieux maillé en matière de réseau ferré. Profitons-en et facilitons ce type de transports avec à nouveau des systèmes combinés train/tram/vélo.
Il existe d’autres solutions, qui incluent le covoiturage, ou l’assouplissement et le panachage des horaires d’arriver et de départ des employé.e.s dans les entreprises en particulier pour le tertiaire.

Le collectif GCO NON MERCI a travaillé sur des solutions qu’il a regroupé dans un livret « 10 solutions pour faire sauter les bouchons » que vous pouvez consulter iciBien entendu, comme les opposants le répètent souvent, ces solutions sont une base de réflexion. Elles peuvent évoluer. Il peut en avoir d’autres.

Changer de modèle !

Tout ça pour dire que le projet du GCO qui a été pensé dans les années 70 est une solution de cette époque de sur-consommation. Aujourd’hui en 2017, il est temps de réfléchir avant d’agir, de ne pas se laisser manipuler par les multinationales comme Vinci qui ont comme priorité numéro une leur bénéfice, et de mettre en place des solutions durables, qui vont vraiment régler nos problèmes, tout en respectant et protégeant les citoyen.ne.s et leur environnement.

– Sur un texte de Michaël Krüger, militant écologique –

Pour plus d’informations :
https://gcononmerci.org/tout-sur-le-gco/

GCO : projet Vinci contesté à Strasbourg, mais savez-vous de quoi il s’agit ?